Chroniques d'après

10 juin 2020

Aux rêves citoyens !

« Quand je vois comment ça passe, je pense qu’il n’y aura pas de monde d’après », affirme Isabelle. Fini l’élan soulevé par cette expérience inédite qui nous a prouvé « que nous étions capables de changer », comme dit Morgane.

Matinée en demi-teinte pour ce cours sur la transformation …

 

Le mouvement brownien du monde

Après cette formidable aspiration au monde d’après, générée par notre capacité révélée d’adaptation, nombreux sont ceux qui désespèrent devant la résistance de ce qu’ils appellent « le monde d’avant ». Parce que les grandes peurs engendrent sûrement de grandes attentes, ce monde d’après est un peu fade, un peu en-deçà, un peu riquiqui.

Et pourtant …

« Comment va le monde, … il tourne Môssieu ! ». François Billetdoux démontrait dans sa pièce éponyme qu’il suffit de deux individus décidés à s’évader pour que le monde change autour d’eux. Il n’est pas plus sécurisant, pas plus beau, mais il leur appartient, ils le parcourent, décident du chemin, rencontrent, contournent, affrontent les évènements.

 

Des hamsters et deux roues

Dans sa fameuse roue, Hudson nous propose deux niveaux de changement. Le changement de type 1 nous amène à reconsidérer, reformuler un projet, confrontés à une rupture qui nous conduit à devoir en abandonner certaines composantes. Le bilan fait des enjeux et des besoins, nous réévaluons les options pour choisir comment continuer à maintenir notre équilibre.

Le changement de type 2 conduit à s’interroger sur la pertinence même du projet, tel qu’il s’est toujours présenté à nous. Sont en cause ses soubassements, ce qui le sous-tend, sa raison d’être sur le fond et sur la forme. Dans ce cas, la réflexion va s‘orienter vers les besoins réels et profonds (cf. : l’essentialité) et permettre de se (re)connecter avec des valeurs jusque-là ignorées, ou parfois mises de côté pour des raisons contingentes.

 

(Re)négocier nos « vivre ensemble »

Dans le monde d’après, il est probable que certains attendent une modification de l’échelle des valeurs, voire une nouvelle approche même de la création de valeur. Dans le monde d’aujourd’hui, certains souhaitent revenir au monde d’avant, d’autres réévaluent leurs projets pour les adapter, d’autres questionnent même le projet.

Et c’est une bonne nouvelle : un peu inquiétante car elle conduit à une radicalisation de la pensée et des actions visant à la transformation ; mais réjouissante car elle nous oblige à (re)négocier les valeurs qui sous-tendent les conditions du vivre ensemble, dans les familles, les entreprises, les organisations, les nations et entre les nations, sans oublier notre rapport au reste du vivant.

 

Laissez passer les rêves !

Ce qui caractérise le monde d’après c’est peut-être la possibilité plus grande donnée à l’expression d’un « besoin profond d’après », pour une large partie de la population, toutes classes sociales confondues. Comme la libération d’une énergie longtemps contenue autour d’un monde « qui ne tournerait pas si rond Môssieu », mais dont on ne saurait pas vraiment quoi faire.

Expérimenter notre adaptabilité à la contrainte a peut-être libéré notre désir de choisir plus activement le cadre même de nos contraintes. Si le monde d’après tarde à venir dans les structures, il est en marche dans les têtes. Une question demeure : combien de temps nous faudra-t-il pour cheminer du rêve à la réalité ?