La vie au temps du corona

22 avril 2020

Paysage émotionnel du déconfinement

Depuis l’annonce présidentielle du 11 Mai comme date de sortie du confinement, nous élaborons individuellement ou collectivement autour de cette idée d’en finir avec cette parenthèse plus ou moins enchantée.

Les informations distillées par les scientifiques et le gouvernement sur les modalités de déconfinement nous laissent entre exaltation de la libération et perplexité sur les conditions de mise en œuvre.

 

Truisme

Des différents échanges familiaux, professionnels, associatifs de ces derniers jours émerge pour moi une sorte de parallèle entre le processus de deuil et le paysage émotionnel qui pourrait présider au déconfinement. Comme s’il nous était nécessaire d’accomplir la fameuse courbe pour passer de la réclusion à la conditionnelle, dans ce qui ressemble à mes yeux à une cage de Faraday virtuelle.

Passer du confinement au déconfinement s’apparente à un processus de changement qui nécessite de renoncer à l’enfermement, … pour aller de l’avant !

 

Bonne ou mauvaise nouvelle ?

Selon notre caractère, nous sommes tous en train d’imaginer le pire ou le meilleur de cette nouvelle phase de lutte contre le virus.

« Je pourrai sortir bientôt ! »

« Ma région sera une des premières déconfinées, car des plus touchées ! »

« Je retourne au travail le 12 Mai ! »

Et parallèlement une petite musique nous chante parfois les bénéfices obtenus pendant le confinement.

« Je n’aurais jamais pu revivre ce moment d’intimité familiale avec mes enfants devenus grands ! ».

« Quel plaisir de vivre plusieurs semaines avec mon compagnon dont je ne partage pas le quotidien habituellement ! ».

Pour les meilleurs des cas.

Pour d’autres, tous les espoirs sont dans le déconfinement : enfin sortir de la pression du nombre, de l’enfermement, de la promiscuité.

Nous tricotons chacun notre récit intime du confinement qui conduit à une vision parfois sublimée du déconfinement.

Alors forcément, nous risquons d’être surpris, déçus, à nouveau sidérés.

« Ce n’est pas possible ! »

« Ça ne peut pas se passer comme ça ! »

« Ce n’est pas ce qui était prévu ! »

« Je vous l’avais bien dit ! »

Toutes les expressions du déni seront notre amorce de deuil du confinement, voire de l’idée même d’être déconfinés à notre manière, selon notre désir ; alors que le succès de l’exercice dépend de notre sens profond du collectif.

 

Paysage émotionnel

Passée cette étape, la peur et/ou la colère pourront nous envahir en raison du décalage entre notre besoin et la proposition qui nous sera faite ; mais aussi du niveau de danger perçu ou du dommage réel ou fantasmé, causé par les conditions que nous aurons à subir ou accepter. Dommage économique par un chômage prolongé ou peur de remettre son enfant à l’école, en laissant la maîtrise de sa santé à d’autres que soi.

Avec la résignation viendra la tristesse de devoir accomplir ce qui nous est demandé « quoi qu’il nous en coûte » en tant qu’individu, à tout point de vue (psychologique, émotionnel, social et économique).

Enfin, après quelques marchandages avec nous-mêmes, la loi et notre environnement nous serons disponibles pour découvrir et contribuer à ce « monde d’après », sorte de terre promise dont on ne sait pas très bien quels en seront les contours, les enjeux et le degré de plasticité.

 

Alors, comment donc s’habiller le cœur ?

En s’accordant le droit de vivre pleinement la fin du confinement ; en réévaluant peut être, comme le suggère le sociologue Alain Touraine, la hiérarchie de nos besoins réels, de nos contributions, de nos places, de nos valeurs, à l’aune de cette expérience humaine planétaire.

En se donnant aussi le droit de rêver demain, mais en sachant que le déconfinement n’est qu’une étape imparfaite du retour à nos vies, qui ne l’étaient pas non plus … parfaites …

 

Enfin autorisez-vous à râler si vous en avez envie, à controverser avec vos amis sur ce qui est bon ou ne l’est pas.

Soyez en colère ! Soyez tristes ! Soyez vivants !

En renouant avec vos émotions, en les exprimant, en les partageant, retrouvez le goût d’être pleinement présents au monde, pour contribuer avec cœur et conscience à cet « après qui vient ».